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Association culturelle N'Imazighen

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L'arganier : un arbre et une identité.

Au sud-ouest du Maroc entre Essaouira et Agadir, à des kilomètres de la vie citadine, se détachent sur un sol aride, de plus de 800 000 ha, près de 21 millions d'arbres de la même espèce. Etrangement, vrai mystère de la nature, on ne les trouve nulle part ailleurs dans le monde que dans cette région. Ils poussent là où des cactus trouvent facilement terre et climat favorable sans que cela ressemble au désert du Sahara. Les Berbères les appellent "targanetes", les scientifiques depuis

Skeels "Argania Spinosa" de la famille des Sapotacées et est communément connu, toutefois, sous le nom d' "Arganier", l'arbre d'argan.

L'arganier paraît être un arbre anodin, à tronc court et incurvé, de 8 à 10 mètres de hauteur. Son diamètre peut aller jusqu'à 0.4 m. Son existence, malheureusement menacée, date de l'époque tertiaire. Il est très épineux et possède un noyau oléagineux. A l'âge de 5 ans, on en voit déjà le fruit. Celui-ci, sous forme de noix jaunâtre et ovale de la taille plus ou moins d'une olive, renferme une à trois amandes huileuses à 55%. L'arganier peut supporter une chaleur de 50°C, la sécheresse et un sol pauvre. De plus, cet arbre robuste peut vivre jusqu'à 250 ans soit plus longtemps qu'un olivier.

L'arganier a un rôle prépondérant aussi bien écologique que socio-économique. Dans ces régions pauvres, cet arbre représente l'unique richesse insoupçonnée offerte par la nature. Il s'est associé, depuis des centenaires, à la culture de ces contrées berbères. D'ailleurs, il fait subsister près de 2 millions de ruraux. Son bois alimente les fourneaux en pierres des villageois imazighen. Ses racines empêchent la désertification en fertilisant tant bien que mal la terre. L'écorce de ses noix leur sert à allumer un bon feu. Ses feuilles engraissent leurs chèvres pour les rendre plus généreuses. Son fruit, lui, concassé, grillé ou séché et malaxé soigneusement, permet d'obtenir de l'huile.

L'huile d'argan fait partie du mets du matin à l'état pure ou mélangée aux amandes, ou encore aromatise tous les repas quand elle n'est pas utilisée pour embellir les dames ou traiter une maladie. Sur un lopin de terre, chacun avait son arbre. Depuis la nuit des temps, les femmes s'en occupaient. Ce sont elles qui se chargeaient de faire de l'huile pour la famille…

Sa préparation artisanale toujours de rigueur offre de l'emploi aux habitantes des lieux. En effet, les femmes berbères, réunies en coopératives, touchent au moins 40 dirhams marocains (soit 3 euros) pour casser les noix. Un litre d'argan nécessite presque 20 heures de travail et 7 arganiers. Il faut 40 kg d'amandons provenant de 800 kg de noix mûres récoltées sur un hectare pour obtenir moins de 20 litres d'huile d'argan. Il est très prisé internationalement. Quelques laboratoires s'en approvisionnent même pour concocter leurs solutions. C'est dire à quel point l'arbre est précieux…

L'huile d'argan recèle des propriétés nutritives, pharmacologiques et cosmétiques épatantes. L'huile d'argan est doublement concentrée que l'huile d'olive (jusqu'à 660 mg/ litre de tocophérol). Elle est plus sombre et sa couleur tend vers le rouge. Elle regorge 899 k calories avec 99,9 g de lipides Elle est, en effet, très riche en acides gras insaturés essentiels: l'acide oléique (45%) et l'acide linoléique (35%). Ces acides qui, dit au passage, ne peuvent être synthétisé par notre organisme qui en exige 6 g environ par jour, réduisent la quantité de cholestérol plasmatique. Sa consommation régulière protège contre l'hypertension artérielle, l'artériosclérose, l'infarctus du myocarde. Autrement dit, sa constitution permet d'éviter le dépôt du cholestérol dans les artères diminuant le risque d'infarctus, selon les recherches récentes. Elle intervient également pour aider à la régulation des différents systèmes cellulaires retardant le vieillissement grâce à sa contenance en vitamine E (15 mg). L'huile est également connue pour ses vertus réparatrices pour les cheveux et ongles fragilisés. Les villageois l'utilisaient pour traiter la varicelle, l'acné juvénile, les rhumatismes et pour prévenir les vergetures chez les femmes enceintes.

En 1999, l'arganier a été déclaré patrimoine universel par l'Unesco. Aujourd'hui, sa renommée et rareté face à la demande grandissante l'exposent au danger d'extinction. Pourtant il est la seule richesse pour un villageois berbère du Maroc. En moins d'un demi siècle, la densité moyenne de l'arganeraie nationale a chuté considérablement de plus de 70%, passant de 100 arbres/ha à 30 arbres/ha.

Au-delà de ce que pourrait rapporter un litre sur une terre étrangère, il est l'emblème d'une vie difficile mais bénite. L'arganier est au Maroc, ce que le cèdre est au Liban. Ne sommes-nous pas en train de le perdre pour quelques sous ?

el_safia

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