ACCUEIL Activités associatives Toute notre actualité Brèves Liens

 

Contact :

Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

Aghrum n'Ihaqqaren, roman de LHoussain Azergui

Aghrum n'Ihaqqaren est le premier roman de LHoussain Azergui. Écrit en langue amazighe, il a reçu le prix international de la création littéraire amazigh en 2004 attribué par l'Université de Granada. L'auteur nous parle de son écriture, de l'usage de l'amazighe et de son identité. Les ponts sont rompus avec l'Orient «grand dispensateur de culture vers un Occident africain inculte».

 

PDM :

Pourquoi as-tu écrit ton roman en langue amazighe ?


LHoussain Azergui :

Ecrire en langue amazighe c'est revendiquer ma langue et ma culture face à l'arabe sacralisé. C'est aussi une autre forme de résistance aux idéologies qui ont programmé depuis «l'indépendance» la disparition des  Berbères à travers leur arabisation et leur ré-islamisation à  outrance. Je pense que la libération des Imazighen passe dans un premier temps par la reconnaissance (par eux-mêmes et par les autres) de leur culture millénaire et laïque et de la langue qui véhicule cette culture: l'Amazighe. Le reste suivra tout seul. J'essaye à travers l'écriture de sauvegarder ma langue, de l'enrichir et de contribuer à poser les jalons d'une néo-culture amazighe libre, autonome de toute forme de domination et tournée vers l'avenir. Je veux, au fond de moi, que ces Imazighen, ces  Hommes qui se croient libres alors qu'ils sont à libérer, retrouvent leur liberté, leur dignité, leur identité qu'ils croient disparue à jamais et qu'ils se battent dans leur langue. Depuis l'«indépendance»du Maroc, la langue amazighe a été honnie, interdite, traquée, méprisée et écrasée au nom de l'idéologie arabo-baâtho-islamiste. Le  but étant de tout arabiser, de tout unifier ( une seule langue, une seule histoire, une  seule culture, un seul destin, un seul Dieu etc...) alors que la vérité est autre. Pour arriver à leurs fins, le pouvoir et ses «partis politiques» ont écrasé tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Les Imazighen ont payé fort le prix de cette «unité arabe»  maladive et doivent maintenant demander des comptes au pouvoir et aux partis politiques marocains qui avaient programmé leur disparition pure et simple. Tout a été aussi fait afin d'anesthésier leur conscience et leur jugement critique afin de faire d'eux un troupeau à leur merci.  Ils ont tout fait pour faire oublier aux Berbères leur identité, leur langue et leur histoire. Les opportunistes au pouvoir imposent l'arabe dans les écoles du pays, alors que leur propres enfants sont envoyés dans les écoles françaises et américaines.

Nous refusons d'être soumis, dominés et écrasés au nom de l'islam, de l'arabe et d'une histoire officielle vidée des Berbères. En écrivant ce roman (un autre va sortir très prochainement) j'ai vengé Koceila et les Berbères anonymes qui ne parlent pas la langue du livre et qui se sont sacrifiés pour la survie de leur langue et de leur identité. Je pense spécialement à  un pionnier du mouvement amazighe, le linguiste Boujemâa Hebaz, kidnappé en avril 1981 à Rabat avec la complicité d'un ancien ministre et de plusieurs Berbères de service. Son «crime» était sa thèse de doctorat ou il démontre que la langue amazighe n'a rien à envier aux grandes langues.
 
P.D.M. :

Est ce qu'il n'intéresse pas les arabophones ?

L.A. :

J'aimerais signaler d'emblée qu'une traduction de mon roman en dialectal marocain (darija), en français et en catalan est en cours de réalisation.
Mon combat contre l'obscurantisme religieux, la culture officielle qui l'a généré et le politiquement correct, en usant de génie de la langue amazighe, ne signifie pas un refus de l'arabe comme langue. Je me bats contre l'islamisme, l'arabisme, l'arabisation et «l'arabrutisation» que mon peuple subit. Mon combat, c'est contre ces idéologies racistes, antisémites et primitives. Je  n'ai aucune envie d'en découdre avec les Arabes et leur culture tant qu'ils gardent leurs conflits et leurs problèmes au Proche-Orient.

L'Afrique du Nord est amazighe. Je veux que cette âme soit préservée. Je me bats pour ça. Je refuse que les Imazighen soient les «nègres blancs» de l'islamisme et de l'arabisme.  Il faut qu'ils prennent conscience que ces gens les prennent pour des sous-Hommes. C'est pour ça que j'écris aussi.
 
P.D.M. :

Quand pourras-tu écrire en Tifinagh ?

L.A. :

«Tifinagh» c'est la marque de fabrique des Berbères de service. Moi, je ne suis pas un nègre du pouvoir et de sa politique. Je suis un esprit libre et autonome. Ce n'est pas le Palais qui va me montrer dans quelle graphie je dois écrire une langue qu'il a toujours méprisée. Homme libre et responsable, j'ai fait mon choix et ça n'engage que moi devant l'histoire. Le  «choix» de noter la langue amazighe en graphie «tifinagh» a été imposé par le Palais dans le cadre de sa nouvelle politique berbère.  L'IRCAM est créé pour servir et appliquer cette politique. Il en est même une manifestation et une incarnation. «Tifinagh», est certes, l'écriture authentique des Imazighen, mais le caractère latin est plus efficace et plus simple. Alors je l'utilise sans complexe. La décision de noter la langue amazighe en caractères «tifinagh» permettra au pouvoir, qui n'a pas exprimé de décision politique de l'aménager, d'étouffer la langue amazighe, en la privant de tout accès aux nouvelles  technologies. Cette graphie lui permettra aussi de couper les Berbères du Maroc de l'ensemble de la bibliothèque amazighe. Entre l'intérêt de mon peuple et le pouvoir, je choisis les miens. Actuellement, la plupart des auteurs en langue amazighe au Maroc écrivent leurs oeuvres en latin. La résistance continue. C'est dans notre sang.

Agenda