ACCUEIL Activités associatives Toute notre actualité Brèves Liens

 

Contact :

Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

Les mots berbères de mon lexique arabe.

Un tas de mots berbères font partie de mon lexique arabe. Je sens que déjà des sourcils en circonflexe dubitatif se forment sur le visage des lecteurs.

Ne vous étonnez pas ! Vous avez bien lu ce qui est écrit et j'ai bien voulu dire ce que j'ai écrit.

La dichotomie entre mot Arabe et mot Berbère, je la fais. Pourtant, la confusion existe. Détrompez vous, il ne s'agit pas uniquement de moi mais d'un tas de jeunes marocains qui se sont rarement posé la question sur l'origine des mots… Surtout quand les livres d'histoires ne les évoquent pas voire même que les mots ne soient plus au goût du jour. Ce n'est donc qu'au cours de discussion avec de vieux loups que les louveteaux sortent de leur ignorance. Sans doute, est ce pour cela que l'étymologie existe. Que Dieu ne nous prive pas de la mémoire des vieux !

Bien des villes marocaines ont reçu un imperceptible cachet berbère jusqu'à même se tailler un nom de son vocabulaire ! Je ne les énumérerai pas. Cependant, je me pencherai sur une découverte personnelle du même registre.

Casablanca, ville tumultueuse et changeante, métropole marocaine est le pôle indéniable de l'économie du Maroc. Elle n'a de semblable sur tout le royaume de par son développement. La ville est devenu, au fil du temps, un melting-pot, regorgeant d'habitants venus presque de tout le Maroc. Si bien même que Casablanca, à mes yeux, était assez nouvelle pour avoir une histoire datée de centaines de centenaires. Son nom n'a rien de berbère, effectivement. Traduite fidèlement, celui-ci, hérité par la suite d'un antécédent espagnol, signifie Maison Blanche. A mon grand étonnement, la ville traîne bien une histoire berbère au moins derrière le nom d'une de ces communes, Anfa. Anfa, mot berbère chleuh m'a-t-on dit, signifie le sommet de la montagne.

Grand saut en arrière vers le 11ème siècle. La maison blanche, sous le nom d'Anfa, n'était alors pas aussi blanche que l'on pourrait prétendre. Une tribu berbère, les Berghouata, y avait élu domicile. L'emplacement était des plus stratégiques. Bordée par l'océan atlantique, elle était facilement le lieu de négoce avec les Européens et la loge des pirates. A la tête de la peuplade, une princesse nommée El Beyda exerçait ses fonctions de chef ethnique despote, rapporte le Bimensuel Marocain Madinati (1). Sa beauté était grandiose autant que sa tyrannie. Néanmoins, la destinée du Chef sera plus tard, selon M. Akhmisse (2), bouleversée par la rencontre avec le wali Sidi Belyout, encore le nom d'une autre commune. En effet, l'homme de foi musulmane se sentait la mission de répandre la bonne parole et de montrer le droit chemin partout où il allait. Le Saint Homme, arrivant à Anfa, voulut faire de même. Il désira voir la fieffée des pirates. Et ce fut le coup de foudre. Frappait-il à cette époque là ?!

Et comme toutes les belles histoires d'amour, ils se marièrent. Elle abandonna son règne pour se vouer à la droiture absolue. Le couple s'installa à Anfa dans une maison blanchie à la chaux qui porta depuis le nom de la mariée, Dar El Beyda. Paradoxalement, Dar El Beyda signifie littéralement la Maison Blanche.

Plus tard, Anfa sera Dar El Beyda, nom qu'elle gardera en arabe, Casa Branca avec les Portugais qui vinrent par la suite et enfin deviendra celle que l'on connaît aujourd'hui Casablanca. N'est-ce pas étrange que le lot des mots, transmis au fil des civilisations, attachés à des histoires insoupçonnées ? Sans doute, ne faudrait-il jamais admettre comme acquis un mot sans auparavant se poser la question "pourquoi ce nom ?".

El_safia


(1) Madinati, N°7, du 1er au 15 Mai 2005.
(2) Cf. " Rites et secrets des marabouts à Casablanca " de Mustapha Akhmisse

Agenda