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Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

        - Prénoms toujours interdits

        - Monarchie marocaine anti-amazighe

        - L'amazighité otage du Makhzen

        - On achève bien les Imazighen ...

                                       

         

         

      L’Etat marocain persévère dans sa politique anti-amazighe

 

Plusieurs prénoms amazighs sont toujours interdits

 

Le dernier en date est le prénom Masin. Le père a été informé jeudi 10 octobre par un officier de l’état civil à Ayt Sedrat, dans la province de Tinghir, que ce prénom ne figure pas sur la liste des prénoms amazighs autorisés. Au plus beau pays au monde, on peut toujours interdire un prénom par ce qu’il n’est ni arabe, ni musulman, alors que l’amazighité, nous dit-on, est reconnue et bénéficie même de la "haute sollicitude de Sa Majesté" !

A rappeler qu’à Tamazgha Occidentale, la langue amazighe est "officielle" depuis 2011. Hélas, entre l’article 5 de ce texte constitutionnel mort-né et la réalité de tous les jours, un fossé béant demeure. Il s’agrandit chaque jour à cause de la nature dictatoriale du régime en place. Et tant mieux si cette réalité réveillera certains dupes qui ne cessaient d’applaudir depuis plus deux ans cette "révolution blanche" qui a touché l’amazighité. Cette "reconnaissance" tronquée n’est autre que de la poudre aux yeux. Elle ne bénéficie politiquement qu’à la monarchie.
Deux ans après la constitutionnalisation de la langue amzighe, les Imazighen sont toujours étrangers chez eux. La plupart d’entre eux sont colonisés dans leur chair et dans leurs esprits. Ils subissent quotidiennement la colonisation arabo-islamiste et son idéologie macabre et contagieuse qui transforme tous ceux qu’elle contamine en véritables zombies. Cette idéologie ne provoque que haine de soi, perte d’identité et reniement. 

L’interdiction des prénoms n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui nous prouvent au quotidien que rien ne sera fait pour que l’amazighité retrouve sa véritable place sur sa propre Terre. Il ne faut rien attendre de la monarchie. Elle ne fera rien, absolument rien, pour l’amazighité, si ce n’est la faire disparaître !

Il est temps que les Imazighen, dans toute l’Afrique du Nord, se réveillent de leur sommeil , un sommeil qui dure depuis des siècles, pour reprendre leur destin en main. Et s’ils font le choix d’être gouvernés par des gouvernements arabo-islamistes, voyous de surcroît, leur disparition sera inéluctable...


L. Azergui

 

  

      Monarchie marocaine : le mépris, une politique (...)

 

Depuis plus de deux ans, les habitants d’Imider au sud-Est de Tamazgha Occidentale observent un sit-in sur le mont d’Alebban pour revendiquer leurs droits, notamment des emplois, et crier leur colère contre la pollution provoquée par la Société Métallurgique d’Imider (SMI).

Deux ans de colère, de rassemblements, de manifestations, d’espoirs, d’intimidations et de poursuites judiciaires. Pis encore, aucune solution ne semble profiler à l’horizon. Les habitants risquent encore de passer une nouvelle année sur le mont d’Alebban. Leur voix semble ne pas dépasser la ville de Tinghir, et les plus hautes autorités de l’Etat, sourdes de nature, ne veulent rien entendre… oui, elles ne veulent rien entendre, car l’enjeu est, semble-t-il, de taille ! La SMI fait, en réalité, partie d’une puissante holding appartenant à Mohammed VI, "le roi des pauvres".

Ceci dit, le silence des autorités et ce refus de répondre aux revendications légitimes des habitants a un nom : le mépris. Au lieu de négocier une issue à cette crise avec les manifestants pacifiques, les autorités jouent le pourrissement. Elles y excellent à merveille. Elles usent de la violence, des procès et des intimidations pour forcer les habitants à renoncer. Peine perdue. Le mépris ne fait que renforcer la détermination des manifestants.

A Tamazgha Occidentale, le mépris est érigé en politique d’Etat. Les autorités refusent de "céder" aux manifestants d’Imider par ce qu’elles n’ont aucune considération pour eux. Elles les méprisent. Le respect des droits de l’Homme, tant chanté par les officiels, est une chimère. Un gros mensonge. Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en rendre compte, notamment… à Imider. 

L. Azergui 

      

L’amazighité otage des lois organiques de l’Etat marocain


Pendant plus d’un demi-siècle, l’Amazighité, dans toutes ses dimensions, a non seulement subi un déni de reconnaissance incompréhensible, mais aussi une marginalisation doublée d’un mépris et d’une mort programmée. Cette situation, digne d’apartheid, a eu pour conséquence l’émergence du Mouvement amazigh, mouvement social et politique s’inscrivant à la fois dans une continuité identitaire de l’Afrique du Nord, mais aussi dans la modernité à travers les valeurs de démocratie, de citoyenneté et des droits de l’Homme. Le combat de ce mouvement qui a connu une situation difficile, voire durement répressive sous Hassan II, a trouvé, pour la première fois, un début de réponse dans le discours d’Ajdir du nouveau Roi en 2001. En effet, ce discours jugé à l’époque historique, suivi par la création de l’IRCAM (Institut royal de la culture amazighe), avait soulevé d’immenses espoirs quant à la résolution définitive et équitable de la question amazighe au Maroc. C’était sans compter avec la résistance de ceux qui se sont fait des situations de privilégiés sur le dos de la lutte des Amazighs contre la colonisation française : toutes les mesures prises par l’État au plus haut sommet mettront dix ans pour aboutir à l’officialisation de la langue et de l’identité amazighes dans la Constitution de 2011. Longtemps occultée par la pensée dominante arabo-islamique, l’Amazighité était enfin reconnue sur son territoire historique.
Cependant, l’officialisation effective est soumise aux lois organiques qui doivent être préparées par le Gouvernement et validées par le Parlement. Sauf que ces derniers sont non démocratiques et hostiles à l’Amazighité, ce qui constitue en soi une prise d’otage de la langue amazighe et de tout ce qu’elle implique comme intégration dans les institutions d’un État qui se dit de droit, mais qui bafoue quotidiennement les droits du peuple autochtone ; le peuple amazigh. En effet, deux ans après que la Constitution de 2011 "ait été approuvée" par le peuple marocain les lois organiques en question ne sont pas toujours soumises au Parlement. Le 2 juillet 2013 a été organisée une conférence nationale sur la question à Rabat. Étaient présents et ont pris la parole tour à tour le Conseiller du Roi, le Premier ministre, le Président du Parlement, les ministres de la communication et de la culture. Après avoir écouté les discours de tous les dignitaires du régime, l’ensemble des concernés par la question sont unanimes : le Gouvernement n’a même pas commencé à réfléchir à une approche pour la mise en œuvre du processus devant conduire ces lois organiques devant le Parlement. Autrement dit, et contrairement aux affirmations antérieures des uns et des autres des responsables, la traduction de l’officialisation de la langue amazighe dans les faits n’est pas la priorité du Gouvernement, et certains ont même évoqué l’intention du Gouvernement Benkirane de ne déposer les lois organiques au Parlement qu’au terme de la législature, afin de gagner du temps. 

D’autre part, ces différents hauts responsable ont tous redit les mêmes concepts que les militants amazighs considèrent comme des mines à retardement : "l’amazighité appartient à tous les Marocains", donc à ceux-là même qui la combattent par tous les moyens ; "elle relève par conséquent de la responsabilité de tous", entendez donc de personne. Ou encore "elle ne doit pas être utilisée politiquement". Entendez par le Mouvement amazigh, alors qu’elle est utilisée par tous les partis et le pouvoir depuis toujours à des fins politiciennes, à leur profit, bien sûr.
Plus grave encore, ce constat s’ajoute à la suspension de facto des acquis du discours d’Ajdir et la création de l’IRCAM sous prétexte d’une attente nécessaire des lois organiques. Ainsi, neuf années d’enseignement de la langue amazighe, malgré les blocages qu’il a connu, sont renvoyées aux calendes grecques. Les cahiers de charge des chaînes de télévision n’accordent que vingt pour cent de programmes folkloriques à Tamazight, en contrepartie de quatre-vingt pour cent de programmes variés et propagandistes à l’arabité. Ajouter à cela que les prénoms amazighs sont toujours interdits par les responsables de l’État civil, que des militants amazighs croupissent toujours dans les prisons, que les activités des associations amazighes sont soumises à des limitations voire des interdictions, sans oublier qu’aucune subvention n’est accordée aux associations considérées comme indépendantes des partis et du pouvoir en place. En fait les objectifs du pouvoir et de ses alliés sont clairs : gagner du temps afin que le processus d’arabisation de la société amazighe, enclenché depuis ce qui est appelé "l’indépendance", fasse son œuvre et arrive à terme, car plus de cinquante ans d’une politique criminelle d’arabisation a déjà détruit une grande partie du patrimoine immatériel de l’Amazighité. Lorsque personne ne saura parler la langue amazighe, l’on accordera tous les droits aux Imazighen qui ne seront plus là pour en jouir. Déjà, les générations de l’arabisation ne comprennent plus ce que disent leurs parents en langue amazighe. La communication au sein des familles dans les villes, et même dans certaines campagnes, est des plus incroyables : les parents parlent tamazight avec leurs enfants et ces derniers leur répondent en

darija, l’arabe dialectal.

De ce qui précède, on peut déjà tirer une conclusion : la gestion marocaine du dossier amazigh, gestion donnée en exemple pour toute l’Afrique du Nord par des médias bien intentionnés, est des plus machiavéliques : tout est beau au niveau du discours qui s’adresse plutôt à l’opinion étrangère, mais rien n’est lâché dans la pratique comme en témoigne les exemples précités. Devant les instances internationales qui interpellent régulièrement l’État marocain sur l’état des droits de l’Homme, des droits culturels et linguistiques ainsi que sur les droits du peuple amazigh en tant que peuple autochtone, les responsables mettent en avant les avancées du royaume dans ces domaines, arguant des droits consacrés justement par la Constitution, de la mise en place de l’IRCAM, du pluralisme -qui, en réalité, n’est que de façade-, etc.

Le problème est donc clair : la volonté politique de valoriser la langue et la culture amazighes, d’intégrer réellement Tamazight dans les institutions de l’État, fait toujours défaut aux décideurs du Royaume chérifien. Mais cette absence de volonté est camouflée dans un discours de velours qui a longtemps leurré les élites amazighes, toujours incrédules devant le machiavélisme d’un Makhzen rôdé au maniement de la démagogie, de la récupération, de la corruption des élites, aussi bien politiques qu’intellectuelles, si bien que le peuple, analphabète et pauvre, n’y voit que du feu dans une politique que même les plus grands politologues n’arrivent pas à cerner.
Devant ce machiavélisme hérité du temps de Hassan II et avec lequel beaucoup de hauts responsables de son temps n’ont pas rompu, le Mouvement amazigh se doit de revoir sa stratégie,

ses tactiques ainsi que son organisation.

Il paraît clair qu’on se cache derrière la Constitution pour faire traîner les choses encore pendant une vingtaine d’années. D’ici là, les vieux qui se souviennent auront disparu, et un patrimoine sans pareil aura vécu, ceux qui parlent Tamazight également. Resteront alors des corbeaux qui ne parleront ni comprendront Tamazight, autrement dit des darijophones [1] prompts à se dire "Arabes" même si leurs parents e parlaient que Tamazight une décennie seulement auparavant.

La politique culturelle génocidaire enclenchée il y a une cinquantaine d’années a déjà fait ses preuves et continue de plus belle. Mais ce constat ne fait que réconforter la thèse qui impute la réussite de cette politique aux Imazighen eux-mêmes : beaucoup sont les instruments qui permettent aux différents pouvoirs en Afrique du Nord de mener à bien une politique suicidaire qui n’a pas encore trouvé sa place dans le domaine de la recherche psychanalytique en tant que cas de "suicide collectif" d’un peuple à l’Histoire millénaire.


Par Ali khadaoui, 
Tamesna - Tamazgha Occidentale.

Notes

[1] Ceux qui parlent le "darija", appelé également "arabe dialectal".

 

                           

      Khénitra : on achève bien Imazighen

A Tamazgha Occidentale, l’humiliation est une politique d’État. Les autorités excellent depuis des décennies dans l’oppression et l’écrasement des Imazighen. Ce qui vient de se passer à Ajdir, près de Khénifra, au cœur du Moyen-Atlas est une nouvelle preuve que les Imazighen sont toujours colonisés et considérés comme des sous-hommes sur leur propre terre. Dans cette région, des agents-officiers des eaux et forêts ont abattu un jeune amazigh de sept balles. Ils l’auraient pris en "flagrant délit" de collecte de bois.


Ce meurtre gratuit et ignoble a déclenché une extraordinaire mobilisation de la population locale, poussant les forces de répression, assistées par l’armée, à mettre en place un impressionnant dispositif sécuritaire. Plus de dix-huit personnes ont été arrêtées lors d’une manifestation organisée jeudi 11 juillet à Khénifra pour dénoncer ce crime. Cette affaire est loin d’être anodine puisqu’elle n’est que l’arbre qui cache la forêt.

Une forêt spoliée, une population appauvrie :

A l’origine de ce meurtre, une spoliation vécue depuis des décennies comme un affront. En effet, pour punir les Zayanes, très puissants, qui avaient résisté héroïquement à l’armée française et au Makhzen, les autorités coloniales françaises ont spolié les tribus de leurs forêts ancestrales et de leurs terres les plus fertiles pour les réduire à la pauvreté. La France a par la suite légué ces terres et ces forêts au Makhzen. Ce dernier, pour récompenser et corrompre ses relais et serviteurs, il leur a octroyé des licences d’exploitation de ces forêts à tour de bras. Une véritable "mafia de cèdre" s’est alors formée dans la région.


Ainsi depuis des décennies, les habitants du Moyen-Atlas, confrontés aux rudes hivers neigeux et à la précarité, observent impuissants passer des camions chargés du précieux bois de cèdre provenant de leurs propres forêts qui leur ont été volées. Ces mêmes habitants sont souvent contraints d’utiliser le plastique pour se chauffer. Autre problème : les recettes des ventes "légales" des coupes forestières ne bénéficient pas à la région. Les communes devenues riches grâce à ces ventes, manquent d’infrastructures de base, de routes et de dispensaires. L’exploitation anarchique et mafieuse a dégradé sérieusement la richesse de la région poussant les habitants à s’entasser dans les villes voisines comme Khénifra, M’rirt et Azrou dans des conditions difficiles.

Halte à l’humiliation

La situation qui prévaut dans le Moyen-Atlas, et dans d’autres régions d’ailleurs comme à Imider, est insupportable et humiliante. Il est urgent que le Mouvement amazigh prenne les choses en main et exige que ces forêts et autres terres spoliées au Moyen-Atlas soient rendues à leurs propriétaires historiques. Il doit aussi saisir l’occasion de ce meurtre pour appeler à manifester contre les spoliations et les mafias locales et à maintenir ainsi la pression sur les autorités. Il est également plus que jamais urgent que les associations amazighes agissent pour sensibiliser les habitants à leurs droits sur ces terres et forêts. Le "sacrifice" de cette victime des services des eaux et forêts ne doit

pas être vain.

L. Azergui 


                                   

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